27.06.2008

Intelligence collective ... étudiante

809f16c026c968854eb7bbe0d8feeaf0.jpgVous connaissez Doc étudiant ?

Non ? Soit vous n'êtes plus dans la cible, soit surtout vous n'êtes pas ... enseignant !

Car Doc étudiant, c'est un peu la terreur noire des professeurs, grandes écoles et universités confondus ... enfin une bonne majorité : pourquoi ?

Parce que Doc étudiant, qui se présente comme "la nouvelle bibliothèque collaborative des étudiants" - pas moins -, propose à ces derniers "un espace d’échange de qualité totalement gratuit".

Concrètement, késako ? 

C'est simple : anciens et nouveaux étudiants constituent une gigantesque base de données regroupant rapports de stage, mémoire, thèses, etc. Exclusivement des documents conçus pour et par des étudiants, et d'accès totalement gratuit.

"Un système basé uniquement sur la libre entraide entre étudiants", précise encore le communiqué de presse ... l'intelligence collective de et pour les étudiants : il va falloir que les enseignants se torturent les méninges pour exiger d'eux, autre chose que des compilations.

"Les marchés sont des conversations" disaient les rédacteurs du Cluetrain Manifesto, entendant pas là que désormais les consommateurs parlent entre eux des marques sans trop se soucier de ces dernières : les écoles sont des conversations, leur répondent en écho ceux de Doc étudiant.

Bref, les étudiants parlent aux étudiants, dans le dos de leurs professeurs : tout un enseignement à réinventer.

17:00 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note

17.06.2008

Portables : c'est parti !

9224775d277c7c84c12fb23cb272b7f4.jpgDeux informations contradictoires, rien de tel pour lancer des rumeur.

La première, sous forme d'un appel lancé cette semaine par dix-neuf scientifiques, réunis autour de David Servan-Schreiber et consultable sur le site de ce dernier, Guérir : même si "les études épidémiologiques existantes sont insuffisantes pour conclure de façon définitive que l’utilisation des téléphones portables est associée à un risque accru de tumeurs et autres problèmes de santé", mieux vaut prévenir que guérir ! Et suit la liste des 10 précautions à prendre, au cas où ... juste de quoi lancer une bonne petite rumeur.

Pour m'amplifier, la rumeur, rien ne vaut mieux que la contredire bien franchement : ce qu'a fait ce mardi l’Académie de médecine, en soulignant que "les risques potentiels des téléphones portables ont fait l’objet de très nombreuses études [qui n'apportent que] peu d’informations", comme le rapporte Libération.

Maintenant, il n'y a plus qu'à écouter la blogosphère : ça va bruisser de partout.

C'est même déjà parti : "Un cancer portable", titre le Blog de Camille ; "Des scientifiques mettent en garde contre les dangers du portable", répond Entraide Cancer en Finistère.

Bien sûr, pour que la rumeur s'épanouisse, il faut que la contre rumeur s'amplifie également : "Aujourd'hui le même processus se reproduit avec les téléphones portables. Ça et là on signale des cas de tumeurs au cerveau qui seraient liés à un usage excessif du portable, surtout chez des jeunes [...] On s'empresse de nier qu'un lien de cause à effet ait été établi ... Donc continuons !", souligne Energie éolienne et Environnement.

Que va devenir la rumeur ? Trop tôt pour le savoir ; mais nul doute que si les scientifiques continuent de se contredire, elle va se développer à belle vitesse.

 Affaire à suivre, sur la toile.

21:34 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03.03.2008

Un bien triste buzz

796525ffe0cd463249ab16dd903e15ff.jpgÇa avait commencé comme un plaisanterie de potache, dans le cadre de la sempiternelle guéguerre entre Nancéens et Messins pour l’hégémonie en Lorraine.

Fin Janvier, Chroniques numériques d'en Metz notait : « Place Stanislas : la plus belle place du monde prétendent les seuls nancéens ! ».

Criticus publie un mois plus tard une photo de la Place Stanislas sous la pluie en titrant : « La plus belle place du monde », avec ce commentaire : « Plutôt prétentieux, non ? ». S’en suivent quelques échanges où un dénommé Chafouin note : « Allez, te voilà l'instigateur d'un concours géant, Roman ! ».

Dès le lendemain 22 février, ÇaRéagit saisit la balle au bond : « Puisque les blogs sont aussi de formidables outils pour s'amuser, voici les deux concours du moment. Le premier lancé par Criticus suivi par quelques kiwisiens dont le but et d'élire la plus belle place du monde … ».

Puis Expression Libre : « Criticus a lancé l'idée. Le Chafouin l'a reprise. Il s'agit de dire ce qui à nos yeux est la plus belle place du monde. J'aime ça. Criticus a choisi la Place Stanislas, à Nancy. Et le Chafouin la Grand Place d'Arras. Sans hésiter, j'ai tout de suite pensé à la Place de la Concorde à Paris ».

Sauf que le même jour, la Place de la Concorde va bien plus tristement s’imposer au sein de la blogosphère : « La rue a encore tué. Au bout d'une nuit glacée, les services de la Ville de Paris ont retrouvé ce matin un cadavre sur la plus belle place du monde. Mort symbolique ! », comme le souligne le blog militant SDF Alsace.

Le buzz tourne court : un post isolé le lendemain, un autre deux jours plus tard.

Ce papier, quant à lui, souhaite juste rendre un dernier hommage au malheureux inconnu décédé ce 22 février, sur "la plus belle place du monde".

 

20:20 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

29.02.2008

L’affaire Société Générale

32b5da70c5660c40b03aba68f096e0a0.jpgLe 24 Janvier éclate "l’affaire" de la Société Générale.

Aussitôt la blogosphère s’en empare, plus pour exprimer sa stupeur et son incompréhension que pour avancer quelque commencement d’explication, comme le souligne le papier rédigé immédiatement après par François Laurent et publié sur ce même blog : Société Générale : le début d’une longue histoire !

Le début d’une longue histoire? Pas forcément. En effet, si le soufflé s’est soudain brutalement gonflé, cela a quand même été pour retomber rapidement.

En effet, de 20 à 30 papiers les premiers jours, on monte brutalement à plus de 100 quand Jérôme Kerviel commence à distiller ses propres commentaires dans la presse et « met en cause sa hiérarchie, qui aurait "fermé les yeux" sur ses opérations » : l’inconnu d’hier se mue en bouc émissaire – le terme devient récurrent –, voire en victime :

« Société Générale : Jérôme Kerviel, le Dreyfus de la banque ? », titrera ainsi L'écho mes montagnes … une majorité de bloggers suivent, pour les motivations les plus diverses : politiques, économiques … ou simplement parce personne ne comprend réellement comme ce petit trader sans grande étoffe a réussi tout seul à tromper une telle institution.

En fait, sous bien des plumes, les très sérieuses salles de marché se transforment en de vulgaires jeux vidéos, totalement déconnectés des réalités les plus élémentaires : « On perd la notion des montants quand on est engagé dans ce genre de métier. C'est dématérialisé. On se laisse un peu emporter », reconnaît Kerviel à l’AFP.

Or dès le 25 Janvier, plusieurs bloggers constataient : « En gros, il aurait confondu son ordinateur avec un jeu vidéo ».

Kerviel s’explique … mais n’explique rien : le doute subsistera jusqu’à ce que le flux s’épuise quasi naturellement. Le flux concernant la Société Générale : car si la banque disparaît – provisoirement ? – de la blogosphère, Kerviel joue les prolongations … notamment sur Sauvez Kerviel, un tout nouveau blog militant « pour sa sortie de prison ».

A star is born ? Certainement, à en croire ceddoinfos qui titre : « Jérôme Kerviel, nouvelle star du web » ou Inventerre : « JK, nouvelle star du web : Le trader qui valait cinq milliards est devenu en un week-end la coqueluche des internautes ».

Les dénégations du président de la Société Générale, voire son renoncement à 6 mois de salaire, ne réussiront jamais à inverser la tendance – tout au plus à déclencher les sarcasmes : « Snif … on va pleurer ». La banque ne sera pas non plus pour grand chose dans l’essoufflement du bruit médiatique … et le retombée du soufflé dans les blogs : simplement, il n’y avait plus rien à dire.

Le buzz continuera cependant à tourner sur les réseaux sociaux : jusqu’à 30 000 téléchargements pour une parodie publicitaire de la Société Générale : « La générosité, c’est notre métier ».

Reste la vraie question pour la banque dans un cas comme celui là : quelle aurait été la stratégie de communication optimale ? Comment parler au grand public dans les mois à venir ?

Pour répondre à ces questions, de nombreux outils sont à la disposition des décideurs. Des outils classiques à utiliser lors de situations de crise.

Parmi ces outils, l’analyse approfondie et dynamique de la blogosphère dispose d’une place de choix car elle permet de COMPRENDRE sur quels éléments se construit l’opinion et quelle est la dynamique de cette construction et de ses évolutions. Les sondages d’opinion permettent de mesurer l’état de l’opinion. L’analyse de la blogosphère permet, de façon rapide, d’expliquer pourquoi cet état évolue. Elle est donc fondamentale dans des logiques de prise de parole parce qu’elle permet de déterminer les axes de communication qui se révèleront performants.

15:40 Ecrit par Jean-François Levionnois dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Société Générale, Kerviel, Communication

25.02.2008

La Société Générale en parodies sur You Tube

Analyse des vidéos-parodies en ligne

La Société générale vue par le citoyen

 

"La métaphore du coup de pouce"

Le doigt est pointé sur le petit coup de pouce qui selon la publicité originelle, peut aider chaque client dans ses projets mais suggestion est faite ici qu'il pourrait également aider la banque via un de ses représentant, à gagner de l'argent, sur "le dos" du client !

"Les pigeons"

Deux vidéos originales et créatives pour exprimer l'idée d'une part que le spectateur de la scène "Société Générale" n'est pas particulièrement ému par le "drame" que vit le groupe financier mais qu'il a également le sentiment d'être manipulé par les détenteurs de sa propre bourse...

 

La Société Générale vue par les professionnels du rire

Des sites commerciaux, sites de parodies-vidéos, de journalisme humoristique ou professionnels de l'humour (One Man Show) ont publié des créations vidéos sur You Tube, sorte de marketing viral qui conduit à leur propre site en ligne...

"Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres"

 Jérôme Kerviel est remercié et encouragé, tandis que Daniel Bouton est présenté comme "bouc émissaire"

"Sécurité générale" : la voix d'un trader en train de saisir des chiffres en direct sur son ordinateur mais les chiffres s'emballent tous seuls...

"Besoin d'un coup de pouce pour financer vos vacances de ski ? Pensez Société Générale" : un homme ski en slip, il est interrogé par une passante. Cet homme est Mister Sergio un humoriste professionnel du One Man Show.

 

Une chanson autour d'un histoire d'un bouton d'acné à percer. Un site qui communique sur le ton décalé de son produit.

 

Et Daniel Bouton, vu par le citoyen 

"Hocus pocus"

 

Analyse quantitative : 26 parodies (dont la moitié de professionnels) recueillies aux alentours du 8 février qui représentent 221 912 vues. Dix de ces parodies parlent de Jérôme Kerviel, les 16 autres, de la Société Générale. Les vidéos qui obtiennent le plus de vues sont globalement celles issues de sites professionnels ainsi que celles des deux "doublages" de la publicité "coup de pouce" de la Société Générale.

Conclusion : Citoyens et professionnels se rejoignent pour user du ton sarcastique au sujet de la Société Générale qui est l'objet de moqueries voire d'une certaine jouissance face à ses "déboires" financiers. Le sentiment d'avoir été abusés par le goupe financier et par ce qu'il représente en termes économiques apparaît en filigrane. Les professionnels usent du même ton ironique au sujet de Jérôme Kerviel mais cette fois celui-ci est en faveur du trader. Certains vont jusqu'à le remercier.
La vidéo du citoyen est en revanche assez hétéroclite quand elle parle de Jérôme Kerviel. Aucune thématique, aucun message particulier ne se dégagent de l'ensemble. Les auteurs semblent perplexes et sous l'emprise d'une certaine sidération. Notons également que peu de vidéos sont dédiées à Daniel Bouton. Il est évoqué dans quelque unes sans en être le sujet principal. En revanche, la vidéo qui recueille le plus de vues porte sur le P.D.G. de la Société Générale. Et parce que le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres, des professionnels du net ont su saisir l'évènement "Société Générale" pour tenter de créer un buzz autour de leur activité.

11:30 Ecrit par Isabelle Bouttier dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

29.01.2008

Société Générale : le début d’une longue histoire !

b4ccd20e90e9f22cbfd439d1db0da16a.jpgRapide coup de sonde au sein de la blogosphère – à chaud – vendredi 25 janvier en milieu d’après-midi, soit un petit peu plus de 24 heures après l’annonce d’une perte abyssale de 4,9 milliards d’euros par la Société Générale, liée à la fraude de son trader Jérôme Kerviel.

L’analyse porte sur les seuls documents postés le jour même soit malgré tout … une bonne centaine de posts ! Comme quoi l’affaire fait également couler de l’encre électronique dans le "petit" monde des blogs.

De nombreuses discussions pour ne rien dire … ou presque !

Ne rien dire, parce qu’il n’y a rien à dire de plus que ce que disent depuis la veille, radios, télévisions et autres journaux – on line et off line : Jérôme Kerviel, un petit trader méconnu de la Société Générale, a occasionné 4,9 milliards d’euros de pertes à la banque, auxquels s’ajoutent 2 milliards complémentaires liés aux "subprimes"américaines.

Pourquoi une telle logorrhée alors ? Parce que le chiffre dépasse toutes les imaginations … et qu’on a franchement du mal à comprendre qu’une institution a priori sérieuse comme la Société Générale ait pu s’y laisser prendre !

A partir de là, le schéma narratif apparaît le même dans tous les blogs : Stupeur > Incompréhension > Questions > Soupçons > Accusations. Evidemment, l’arrivée du personnage surprenant de Jérôme Kerviel relancera l’intrigue à point nommé.

Tout cela sur deux registres d’expression : Sérieux versus Ironie.

Politikart illustre parfaitement le premier registre : Politikart, c’est le blog personnel d’une journaliste de presse hebdomadaire régionale. Une sorte de mini Rue89 ; ce que l’on pourrait également appeler un blog d’opinion ! Prolifique, la blogueuse réussira même à publier quatre papiers consécutifs en l’espace d’une demi journée !

Mais pour elle, la saga aura commencé dès la veille par un : "Fraude colossale à la Société Générale" assez neutre, rapidement suivi d’un : "Société Générale : doutes sur une fraude isolée" puis d’un "Qui est Jérôme Kerviel, le fraudeur de Société Générale ?" : découverte, puis incrédulité – et tout de suite les questions.

D’ailleurs, dès qu’un blogueur rédige plus d’un papier sur le sujet, les titres se ponctuent de points d’interrogation : "Société Générale : et si ce n'était pas une fraude ?" … jusqu’à se faire pressants : "La Société Générale en faillite ?"

Stupeur, incompréhension, questions, soupçons, accusations … mais jamais de réponses : alors ces blogueurs convoquent les techniciens à la rescousse … c’est-à-dire les économistes les réputés, comme Elie Cohen, cité selon les papiers comme "directeur de recherche au CNRS", ou "professeur d'économie à Sciences Po", ou encore "membre du Conseil d'analyse économique" : Excusez du peu !

Un Elie Cohen qui constate que : « les procédures de contrôle interne qui normalement constituent le coeur de métier des banques se sont révélées dramatiquement insuffisantes » et précise que : « le sentiment des salles de marché, c'est qu'il n'est pas possible qu'un individu seul ait pu faire cela ».

Et bref, toutes ces personnes autorisées n’apportent au dossier aucun élément de plus que les médias … qui les ont tous déjà interviewés … et dont les blogueurs se contentent de citer les articles ; et la question se pose : pourquoi tant d’encre – même électronique – pour ne rien ajouter ?

Parce que personne ne comprend : généralement, les blogs d’information – entendez par là, les blogs qui commentent l’actualité – fondent leur légitimité à analyser différemment ce que les médias classiques ont déjà évoqué ; mais ici, aucun éclairage nouveau susceptible d’avancer : et le système boucle sans fin …

… avec tout au plus çà et là quelques enrichissements, comme Cpolitic qui rappelle judicieusement : « Le président-directeur général, Daniel Bouton, connaît fort bien le dossier des "contrôles" financiers puisque il a rédigé en 2002 un rapport complet commandé par le MEDEF dont le titre est intitulé: " Pour un meilleur gouvernement des entreprises cotées" ».

Les commentaires, souvent dubitatifs, apparaîtront en regard plus instructifs : « Personne n'est dupe parmi les pros de la finance » … et visiblement un scandale peut en cacher un autre : reste à découvrir lequel !

Le doute – omniprésent – constituera certainement le principal enseignement de cette première lecture ; la remise en cause du système financier et bancaire – voire du "système" en général – sera le second : car si les habits de bouc émissaire conviennent parfaitement à un Jérôme Kerviel, les coupables restent à appréhender …

… et les politiques se voient convoqués : « Preuve encore une fois, que le système capitaliste, dont le petit Nicolas est le digne représentant et bénéficiaire, a pris un coup sérieux sur le plan de sa crédibilité », conclura encore Cpolitic !

L’incompréhension pourra conduire les blogueurs à l’ironie et au cynisme – second registre d’expression rencontré au sein de la blogosphère.

Ici, pas de sagas : plutôt des citoyens interloqués qui réagissent à chaud. Le discours se concentre ici nettement autour de deux thèmes centraux : celui du bouc émissaire – encore – et du "faire croire" ; et celui d’un système français bien malade.

« A qui veulent-ils faire croire qu'un seul mec, un jeunot en plus, a pu détourner près de cinq milliards d'euros. Et sans s'enrichir personnellement d'une thune en plus ! »

« Et on veut nous faire croire que c'est ce type là qui aurait été capable de détourner à lui seul 5 milliards d'euros ? Moi, je n'y comprends pas une seconde ! Je me demande qui a fraudé dans cette histoire ? »

Bouc émissaire ; "faire croire" : on pénètre dans le champ de la manipulation … et donc s’ouvre la porte de la rumeur ! Il est clair que les bruits les plus fous vont courir dans les jours et les semaines à venir … et que la toile va jouer à plein son rôle ce catalyseur.

Le discours glisse parfois assez rapidement de la simple moquerie à un ton plus virulent, comme ce titre : "Société Générale: il n’y aura jamais assez de platanes pour pendre tous les banquiers véreux".

Et là encore, politiques et financiers partagent les coups :

 « Et on nous expliquera ensuite que le principal problème en France n'est pas la redistribution ».

« En clair, pour ceux qui ne comprennent pas ce jargon un brin abscons, l'affaire de la Société Générale est une "affaire sérieuse" (dixit Fillon) mais "il n'y a pas d'inquiétude à avoir" (selon la Banque de France) car cela n'affecte pas "la solidité et la fiabilité du système français" (d'après Nicolas Sarkozy) ».

Bref, c’est l’électrochoc : les blogueurs – comme tous les Français – digèrent une information qui les dépassent … même si déjà la révolte pointe à l’horizon.

Une révolte sur laquelle politiques et financiers manqueront désespérément de prise parce constamment alimentée la rumeur … toutes les rumeurs ! Bref un superbe cas d’école, une superbe saga à rebondissements qu’une écoute attentive de la toile devrait nous permettre de mieux cerner au jour le jour.

Ce n’est qu’un début … le combat continue … tout seul : c’est la magie du 2.0 !

21:40 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

20.01.2008

Traité de Lisbonne dans la blogosphère

8367422b9bcfe618588cfd0db7abff8f.pngLe Traité de Lisbonne suscite aujourd’hui une moyenne quotidienne de 50 à 70 papiers dans la blogosphère, qui se répartissent à peu près à parts égales entre blogs de militants politiques – essentiellement de gauche – et blogs plutôt "apolitiques" ou plus simplement non liés à un parti politique … et même parfois très sarcastiques à l’égard de la politique.

En tête des politiques, les partisans de Ségolène Royal avancent en ordre assez dispersé : le vaisseau amiral, http://www.desirsdavenir.org/, se contente d’une assez laconique recopie non commentée d’un article de Marianne2 intitulé : « Traité de Lisbonne : Hollande, Royal et Delanoë désavoués par leurs troupes », évoquant comment « contre toute attente, la proposition communiste pour un référendum sur le traité de Lisbonne n'a été rejetée que d'une courte tête par l'Assemblée ».

Connectés à Désirs d’avenir, pas moins de … 1044 sites et blogs : excusez du peu ! Un discours militant certes potentiellement puissant … mais plutôt en sommeil : la plupart des posts ne sont ici encore que la copie – bien souvent, sans citation de source – de la presse parisienne.

Ainsi http://segoleneroyalcantondebretigny.hautetfort.com – mais qui se présente comme la « Section du Parti Socialiste – Canton de Brétigny sur orge – Le Plessis – Pâté » – se contente de pirater Libération de la veille, peut-être pour susciter le dialogue … mais sans attirer de commentaire.

http://www.segoleneparis.fr préfère la version en ligne du Nouvel Observateur … toujours sans citer de source, ni déclencher de réactions.

http://les-pyrenees-avec-segolene.hautetfort.com renvoie directement le lecteur vers les sites médias, tandis qu’un militant s’autorise un commentaire un peu "dissident" … même s’il n’existe pas réellement de ligne officielle bien claire sur le sujet.

Aujourd’hui, les partisans de Ségolène Royal se contentent d’occuper le terrain sans réellement débattre ; et à côté, les autres leaders socialistes ont bien du mal à exister : sur son blog, Henri Emmanuelli propose la vidéo de son interview par Christophe Barbier sur LCI.

Seul Pierre Moscovici se fendra d’un papier réellement argumenté, proposant de passer « l’obstacle du Traité de Lisbonne », pour retrouver « une commune boussole ».

A droite, silence total : seule l’extrême droite et quelques souverainistes – comme Nicolas Dupont Aignan – apparaissent ici et là. Et un Dominique de Villepin nouveau, qui a retrouvé son indépendance de discours.

Du coup, les politiques les plus cités au cœur cette quasi absence de discours citoyen sont les leaders socialistes – François Hollande, Jean Marc Ayrault, Henri Emmanuelli, Ségolène Royal, Laurent Fabius, Jean Luc Mélenchon – et … Nicolas Sarkozy suivi, assez loin cependant, par Valéry Giscard d’Estaing, qui a ouvert son blog « Pour la démocratie en Europe » : http://vge-europe.eu/.

Bref, la blogosphère militante ne milite pas vraiment : inutile de pousser plus l’analyse … à moins de vouloir procéder à celle des médias classiques qu’elle se contente de recopier !

Et la blogosphère non militante ? Serait-ce elle qui milite ?

En fait, elle se décompose en deux familles de tailles à peu près égale, la première regroupant des bloggers "partisans de la première heure" de l’Europe, au ton plutôt sérieux, voire un peu docte, comme : http://quoideneufeneurope.hautetfort.com, blog d’« Actualité de l'Union européenne et du droit communautaire ».

Ou : http://publiusleuropeen.typepad.com, un « blog collectif, en français, initié par quelques internautes concernés par le sujet de la constitution européenne, venant d’horizons divers », comme se présentent ses rédacteurs.

A ces blogs pourrait presque se rattacher celui de Valéry Giscard d’Estaing : même vision d’une Europe certaine, bien calée sur ses rails, dont on acceptera éventuellement de discuter – très sagement – quelques modalités de construction, mais sans jamais en remettre en doute, ni les fondamentaux, ni les objectifs ultimes.

Le Traité de Lisbonne s’évoque … mais pas touche à l’Europe ! Une Europe nécessairement économique, et plutôt libérale. En un mot un militantisme "soft", un prosélytisme certain et apparemment efficace.

Second groupe, nettement plus virulent : celui des opposés à toute ratification parlementaire du traité. Ici, on oscille du moqueur : « Un référendum sinon rien ! » à l’activiste : « Traité européen : Démocratie MAINTENANT », jusqu’au franchement corrosif : « Argghh!!! ça fait peur !!! ».

Tous pointent vers : http://www.collectifdu29mai.org/ où figure en bonne place la : « Pétition contre la ratification du traité simplifié » : « En rejetant le « traité constitutionnel européen », le 29 mai 2005, la majorité des citoyens a clairement exprimé son refus des politiques libérales en France comme en Europe ».

Le Parti Socialiste se retrouve, plus ou moins malgré lui, au cœur des débats : car la blogosphère activiste s’ancre clairement à gauche … et c’est le parti le plus puissant qui en fait les frais, se voyant reprocher ses atermoiements et ses prises de positions trop libérales.

Tous blogs "indépendants" confondus – difficile de trouver une dénomination satisfaisante pour regrouper tous ces blogs dont la seule caractéristique est de ne porter officiellement l’étendard d’aucun parti –, une expression domine  : « non au deni de démocratie » … preuve que le discours référendaire l’emporte sur celui des"légitimistes".

Quelles conclusions en tirer, sinon une quasi démission du personnel politique traditionnel sur la question – comme si la secousse du 29 mai 2005 leur avait tous suffi, ex partisans du "oui" et du "non" confondus – et le glissement du débat véritable en d’autres lieux … comme la blogosphère ; l’activisme pour un nouveau référendum qui s’y développe souligne :

-        Un, que le choix de la voie référendaire aurait très certainement conduit au même résultat négatif qu’en 2005 : les politiques lui ont préféré celle de la prudence … et courbent le dos, en attendant.

-        Deux, que la fracture entre personnel politique et citoyens n’est certainement pas près de se résorber : les bloggers s’expriment d’autant plus fortement que toute autre forme d’expression démocratique – un vote – leur a été confisquée.

Tandis que les partis politiques diffusent déjà sur les marchés leurs tracts pour les élections municipales, les citoyens les plus engagés développent sur un Web 2.0 leur discours de rupture sur l’Europe … et réclament en vain un dialogue que les premiers leur refusent : deux mondes si différents !

Samedi 19 janvier, Libération soulignait « qu'une majorité des nouveaux adhérents – les militants à 20 euros – qui s'étaient inscrits dans la perspective de l'investiture avaient quitté le PS » : d’où la somnolence du millier de blogs liés à Désirs d’avenir, et la montée en puissance de ce nouveau discours citoyen en marge de structures établies … et à ne surtout pas perdre de vue dans les mois qui viennent pour comprendre où va la France.

 

12:05 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note