24.04.2008
Signaux faibles
Les veilleurs professionnels savent bien ce qu’est un signal faible : une rupture dans le ron-ron de l’information régulière, qui se confirme et qui annonce, peut être, un événement que l’on se félicitera d’avoir anticipé.
Jusque dans un passé récent, ces signaux n’étaient perçus que par les spécialistes d’un sujet, qui utilisaient, seuls ou en équipe, leur expertise du sujet pour « flairer » l’information de rupture.
Et puis les ordinateurs et leur toujours plus formidable capacité à brasser des quantités absolument phénoménales d’information, animés par des logiciels de « text mining », ont commencé à seconder les analystes en leur signifiant ces ruptures.
Par exemple, s’il semble aujourd’hui acquis que Delta et Northwest convolent, certains d’entre nous en suivent la rumeur depuis… 2002. Sans faire les poubelles de ces compagnies ou chercher à soudoyer leur personnel, mais simplement en surveillant, avec des outils automatiques, quelques dizaines de « sources ouvertes », gratuites, publiques et… en ligne sur Internet.
Nous ne sommes pas les seuls, et des centaines de décisions ont probablement été prises, de par le monde, sur la base de ces signaux, à divers stades de leur maturation.
Mais gare à ne pas substituer la machine au professionnel, car il lui manque l’essentiel : le bon sens. Les connexions à effectuer pour modérer une information de rupture se font au niveau des neurones de l’homme, pas au niveau des hyperliens du Web. La machine, elle, tombera dans le piège de l’intox à chaque coup…
Pourtant, c’est bien ce qui se prépare : une récente enquête menée auprès d’un échantillon d’entreprises et d’organisations françaises, pour des besoins qu’il n’est pas utile de développer ici, nous a montré que 100% des personnes interrogées confrontées à un besoin de veille personnelle utilisent Google pour trouver l’information attendue. Pas « un grand nombre », mais 100%. Pas « un moteur de recherche », mais Google.
Cela signifie t’il que l’individu, cadre du public ou du privé, en situation de devoir prendre ponctuellement ou régulièrement une décision dans le cadre de son activité, va le faire sur la base de que lui aura dicté une société nord-américaine de droit privé ?
Répondre que oui serait simpliste et insultant pour les individus concernés.
Mais imaginons que la même source d’information, à savoir l’index de Google, soit utilisée par nos outils de text-mining évoqués plus haut : on a la une machine parfaite, apparemment complexe et novatrice, à niveler par le bas.
Les journalistes le savent bien, les analystes du Web doivent s’en souvenir : il faut multiplier et croiser les sources. Et si un moteur de recherche propose une réponse venant de 200 sites différents, ce n’est pas l’utilisateur qui les a choisis, mais le moteur.
14:32 Ecrit par Philippe Albert dans Communication | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











