24.06.2009
Fin du discours spontané sur les médias en ligne ?
Parmi les premiers dossiers dont devra s'occuper Frédéric Mitterrand à son arrivée rue de Valois, celui du statut d’éditeur de presse en ligne.
Concrètement, les États Généraux de la Presse écrite organisés en début d'année pour remédier à la situation économique de la presse en France prévoient que les nouveaux entrants comme Rue89 ou Slate pourront bénéficier des aides prévues dans l’important plan de sauvetage de la presse s'ils remplissent les conditions nécessaires pour avoir droit à l’appellation d’éditeur en ligne.
Or électron libre vient de révéler que parmi les décrets d’application suite au vote de la loi Création et Internet, l'un deux spécifierait que "l’éditeur du service dispose de la maîtrise éditoriale du contenu et notamment des messages postés diffusés sur les espaces de contribution personnelle ; en particulier, il met en œuvre les dispositifs appropriés pour éviter la mise en ligne de contenus illicites".
"Autrement dit", poursuit le site en ligne, "il est fortement suggéré l’obligation de modérer les commentaires en amont, avant qu’ils ne soient donc postés sur le site !".
Interrogé par Libération, Pierre Haski, cofondateur de Rue89, constatait : "C’est simple, s’il y a obligation de modération a priori, on ne demandera pas le statut" : pas vraiment les moyens financiers d'une telle modération d'une part, sans compter qu'une "modération a posteriori est préférable pour la spontanéité et la richesse des débats", comme le soulignait Laurent Mauriac, autre cofondateur de Rue89.
Surtout, une systématisation de la modération a priori des sites en ligne rend suspect la teneur des contenus publiés : difficile en effet de savoir si les contenus supprimés l'on été parce que manifestement "illicites" ou parce que simplement non réellement conformes à la vision du titre ?
En refusant de ci, de là un commentaire, un titre en ligne se façonnera un lectorat tout aussi facilement qu'en rédigeant ses éditoriaux : les sémioticiens parleront de contrat de lecture.
D'aucuns placeront le débat sur le plan déontologique, voire philosophique ; personnellement, je me contenterai de le placer ici sous l'angle de la simple analyse de l'opinion publique ... et déplorerai une certaine perte de sincérité - au minimum - pouvant conduire à une certaine manipulation - facilement envisageable - d'autant que les contributeurs aux débats en ligne sont beaucoup moins nombreux que les lecteurs ... et que ces derniers continueront de juger sincères des fils de discussions devenus orientés.
Ce qui nous conduit d'un simple point de vue méthodologique à ne pas considérer équivalents ceux postés sur les sites médias traditionnels - Libération, Le Figaro -, déjà modérés a priori, et ceux qui le sont sur les "pure players" - Rue89 -, ces derniers apparaissant moins "suspects".
L'existence d'une modération a postériori par les uns limite aujourd'hui la dérive d'une modération a priori pour les autres : la généralisation d'une modération a priori serait certainement dommageable à la spontanéité des débats, d'autant que les risques de dérive demeurent extrêmement limités - c'est l'auto-contrôle de l'intelligence collective.
10:07 Ecrit par François Laurent dans Intelligence Collective | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note














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