22.10.2008
René Duringer & L'entreprise dans 10 ans
Suite à la parution de L'entreprise dans 10 ans, interview de son initiateur / ccordinateur, René Duringer.
Intelligence Collective : Qu'est-ce qui a conduit l'Ordre des Experts-Comptables - dont les Français ne sont certainement pas une image très "moderne" - à se pencher sur le futur de l'entreprise à horizon 10 ans ? Peut-être se problème d'image ?
René Duringer : La France est plus ancrée dans ses racines, que dans le futur (par rapport à d’autres civilisations) et les experts-comptables (version .fr) sont sûrement connotés dans l’inconscient collectif comme des personnages plongés dans le passé.
En attendant le neuromarketing pour reprogrammer ces images négatives qui perdurent, dès 2003, l’Ordre des Experts-comptables s’est doté d’une cellule de veille pour identifier les tendances sociétales et en déduire les nouveaux business de demain. Inconstestablement quand un expert-comptable fait un show au Salon des entrepreneurs sur les créneaux porteurs plutôt que sur le calcul du fonds de roulement, automatiquement cela change le regard des créateurs d'entreprise sur la profession.
Idem pour Entreprise2018, le fait de réaliser un ouvrage où l’on parle du futur des entreprises, mais sans évoquer l’expert-comptable ou les disciplines de son cœur de métier (comptabilité/fiscalité/social), c’est indirectement pour actualiser notre image, et cela marche !!!
Intelligence Collective : A la base les dernières grandes mutations sociétales, le Web 2.0 n'existait pas il y a dix ans : quelles prédictions fiables auraient pu faire concernant ce qu'on appelle couramment l'entreprise 2.0, un futurologue de 1998 ?
René Duringer : En l’an 2000 lors d'une grande convention prospective intitulée Futuract, sous l’égide d’HEC, les germes de l’entreprise 2.0 étaient déjà là, même sans l’arsenal des services collaboratifs du deuxpointzero (d’ailleurs, en l’an 2000 l’Ordre des Experts-comptables avait déjà décrit les caractéristiques de cette entreprise 2.0 dans un ouvrage, mais sûrement trop tôt).
Les choses n’arrivent pas par hasard, il suffit d'un terreau fertile... Il ne faut pas oublier que c'est l'individu en tant que consommateur ou usager d'une technologie qui décide si l'offre du marché répond à son besoin immédiat, à résoudre une difficulté de sa vie. La technologie a simplement servi d’amplificateur pour le grand bond en avant en 2008.
En ce qui concerne les futurologues ou assimilés, il me semble que même avant 1998, on aurait déjà pu esquisser ce que nous vivons aujourd'hui, avec pour seule incertitude ... le calendrier du scénario.
Intelligence Collective : N'y a-t-il pas un important risque méthodologique à s'adresser à des experts : ils imaginent le futur à partir des technologies émergentes alors que la réalité viendra de l'usage que les consommateurs feront de ces technologies. Juste un exemple : aucun expert ne croyait dans les SMS, ce sont les ados qui leur ont donné tout leur sens ; depuis, la communication n'est plus la même.
René Duringer : Bien que s’agissant d’un ouvrage institutionnel, j’avais demandé à chaque auteur de se lâcher et de proposer des tendances émergentes improbables, inédites, à contre courant, etc Pas évident pour les auteurs de s’écarter du mainstream, de prendre le risque d’évoquer un futur qui ne se réalisera pas.
Cette consigne visait à s’écarter d’une simple extrapolation du présent. Toutefois, à chaque fois on m’expliquait qu’à l’horizon de 10 ans, peu de gens identifiaient de grosses ruptures. Il aurait fallu faire Entreprise2028 pour de vrais changements de palier.
Sinon, il est vrai que si j’avais eu à produire l’ouvrage unofficial du congrès de l’Ordre des Experts-comptables j’aurais plutôt privilégié une prospective sensible à partir de signaux à basse densité disséminés dans la vie quotidienne, j'aurais cherché des infos dans des groupes sociaux minoritaires car c'est l'observation de l'humain (salarié, consommateur, citoyen, etc) qui fournit le plus d'indices prospectifs/disruptifs.
Il est important de se référer à des « particules élémentaires », car dès lors où l'on conceptualise ou théorise ou simplement nommer, alors devient de façon soudaine moins pertinent.
Intelligence Collective : N'as-tu pas peur que l'on pointe d'ici quelques temps quelques vérités rédigées par certains experts - comme ce papier de Radu Vranceanu, Professeur à l’Essec, sur le rôle des états dans l'économie, totalement contredit par les faits dès maintenant avec l'intervention massive des états pour juguler la crise financière mondiale - et que l'on remette tout ton travail en cause.
René Duringer : Nous vivons dans un environnement imprévisible/volatile/instable et nous savons tous que nous allons traverser une phase de mue inconfortable.
La période où l’on pouvait faire des méta scénarios gravés dans le marbre est révolue et le futur va ressembler à un nuage de points, avec des retournements tous les jours. L’ouvrage Entreprise2018, a été conçu pour sensibiliser les entrepreneurs à être en position d’alerte, à avoir une culture de l’anticipation, à avoir en tête les mutations sociologiques « dans le tuyau ».
Avoir raison n’a pas de sens dans ce type d’ouvrage car c’est à chacun ensuite de se forger sa propre vision, car sinon on infantilise le lecteur. C’est d’ailleurs, la raison pour laquelle nous avons parfois juxtaposé des visions différentes sur le même thème et nous continuerons lorsque nous lancerons le wiki-blog-réseau social www.entreprise2018.com !!!
En ce qui concerne le grand retour de la régulation nous l’avions pressenti lors du congrès 2007, alors qu’à l’époque cela n’était pas vraiment tendance. La vie étant un immense balancier, il suffit d’attendre le pic d’un phénomène (par exemple le libéralisme) et de prévoir à ce moment son mouvement contraire …
Ensuite il suffit de dire que l'on a des super pouvoirs prédictifs avec un air mystérieux !!!
07:47 Ecrit par François Laurent dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note














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