14.10.2008

Créer un panel de blogs

estomac.jpgRécemment, je concluais mon papier sur la "Déconsommation" en posant les jalons de nouveaux travaux : « Nous allons identifier d’autres blogueurs de pareil sensibilité et constituer un panel dont nous pourrons régulièrement écouter les conversations ».

Deux voies s’ouvraient à moi, chacune présupposant une organisation relationnelle particulière de la blogosphère.

La plus simple repose sur une organisation de la toile … en toile d’araignée : quoi de plus logique ? D’autant que nous avons tous en têtes quelques exemples quasi mythiques comme le fameux réseau Désirs d’avenir, destiné à non seulement soutenir la candidature de Ségolène Royale à la dernière élection présidentielle mais également permettre l’émergence de sa plateforme électorale.

Plus de 1000 blogs, tous pointant vers un vaisseau amiral – celui de Ségolène Royal évidemment – et tout un ensemble de liens croisés solidifiant la structure.

Le problème étant que ce réseau constitue plus l’exception que la règle : exception parce que fondé sur un événement extrêmement mobilisateur ; exception parce que doublé d’une structure hors Web fortement structurée et structurante : les militants ne restaient pas confortablement installés devant leur ordinateur, ils descendaient distribuer les traditionnels tracts sur les habituels marchés.

Ce qui explique d’ailleurs que Désirs d’avenir existent toujours "formellement" – la structure existe toujours – mais fonctionne totalement à vide … et encore, c’est un euphémisme : en fait, au lieu de rédiger des papiers originaux, le plus souvent les militants se contente de copier / coller la presse parisienne (Libération, Le Monde, Le Nouvel Obs, etc.) pour susciter des commentaires … qui ne viennent jamais.

Dans le cas de la problématique qui était la mienne – identifier les membres d’une communauté de blogueurs partageant certaines valeurs –, suivre les liens (et notamment ceux des blog rolls) ne suffit pas :

  • Parce que les blogueurs les plus militants préfèrent ajouter des liens plus "utiles", c’est-à-dire des liens pointant vers des sites de ressources écologistes … ce qui nous sort immédiatement du champ de la blogosphère.
  • Parce que surtout, les blogueurs "sympathisants" s’inscrivent au sein de communautés dont les membres ne sont pas, quant à eux, nécessairement "sympathisants" comme eux.

Prenons l’exemple de Mam’zelle Poupée qui publie de temps en temps un « petit billet écolo » : elle aime bien tout ce qui touche à la mode et sa blog roll pointe essentiellement vers des blogs parlant "mode" … et dont les rédacteurs ne parlent jamais écologie, voire demeurent insensibles à ces problématiques. Le voie des liens et des blog rolls m’a permis d’identifier une petite vingtaine de bons candidats au terme d’un très long travail de screening.

La seconde voie consiste à "recruter" les blogueurs au travers de valeurs : voie plus ingrate, car elle ne s’automatise pas complètement – même si heureusement AMI OT simplifie prodigieusement la tâche – qui nécessite de valider individuellement chaque blog.

Je suis reparti de 5 expressions caractérisant les deux tiers des documents analysés lors de la précédente étape : "Simplicité volontaire, Consommer mieux, Pouvoir d’achat, Développement durable, Réchauffement climatique, Matières premières".

Parmi ces expressions, deux étaient apparues plus "centrales" : "Simplicité volontaire" et "Consommer mieux". Plus "centrales", cela signifie qu’elles constituent le plus souvent la thématique essentielle des posts analysés – heureusement AMI OT calcule automatiquement cette centralité !

Et je me suis lancé en quête de papiers évoquant nécessairement la "Simplicité volontaire" plus une des quatre autres expressions ; et même travail ensuite pour "Consommer mieux" plus une des quatre autres expressions également.

Bien évidemment, certains blogs – plutôt militants – sont apparus dans chacune de mes requêtes ; et d’autres non. Quoi qu’il en soit, mon panel s’est enrichi d’une bonne centaine de nouvelles URL.

Quelques blogs présentent des liens croisés … mais en fait très peu ; quelques blogs – plutôt militants à nouveau – pointent vers les mêmes sites de ressources écologistes … mais le phénomène demeure cependant marginal.

En résumé, la première approche me semble convenir à des communautés ayant une existence forte hors du Web ; la seconde intègre mieux la dynamique Web 2.0 où les discussions fondent des communautés "sémantiques".

Si, comme le disaient les rédacteurs du Cluetrain Manifesto, « les marchés sont des conversations », l’identification des communautés ne peuvent venir que de leurs conversations. C’est à dire que de l’analyse d’une production sémantique … et non de quelques hyperliens : il faut arrêter de se laisser éblouir par la technique pour se laisser porter par les discussions.

La seconde étape de ce projet sur la Déconsommation s’achève : s’ouvre maintenant celle où nous allons pourvoir écouter ce que nos "panélistes" racontent, comment ils commentent par exemple l’actualité financière …

08:12 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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