29.01.2008
Société Générale : le début d’une longue histoire !
Rapide coup de sonde au sein de la blogosphère – à chaud – vendredi 25 janvier en milieu d’après-midi, soit un petit peu plus de 24 heures après l’annonce d’une perte abyssale de 4,9 milliards d’euros par la Société Générale, liée à la fraude de son trader Jérôme Kerviel. L’analyse porte sur les seuls documents postés le jour même soit malgré tout … une bonne centaine de posts ! Comme quoi l’affaire fait également couler de l’encre électronique dans le "petit" monde des blogs.
De nombreuses discussions pour ne rien dire … ou presque !
Ne rien dire, parce qu’il n’y a rien à dire de plus que ce que disent depuis la veille, radios, télévisions et autres journaux – on line et off line : Jérôme Kerviel, un petit trader méconnu de la Société Générale, a occasionné 4,9 milliards d’euros de pertes à la banque, auxquels s’ajoutent 2 milliards complémentaires liés aux "subprimes"américaines.
Pourquoi une telle logorrhée alors ? Parce que le chiffre dépasse toutes les imaginations … et qu’on a franchement du mal à comprendre qu’une institution a priori sérieuse comme la Société Générale ait pu s’y laisser prendre !
A partir de là, le schéma narratif apparaît le même dans tous les blogs : Stupeur > Incompréhension > Questions > Soupçons > Accusations. Evidemment, l’arrivée du personnage surprenant de Jérôme Kerviel relancera l’intrigue à point nommé.
Tout cela sur deux registres d’expression : Sérieux versus Ironie.
Politikart illustre parfaitement le premier registre : Politikart, c’est le blog personnel d’une journaliste de presse hebdomadaire régionale. Une sorte de mini Rue89 ; ce que l’on pourrait également appeler un blog d’opinion ! Prolifique, la blogueuse réussira même à publier quatre papiers consécutifs en l’espace d’une demi journée !
Mais pour elle, la saga aura commencé dès la veille par un : "Fraude colossale à la Société Générale" assez neutre, rapidement suivi d’un : "Société Générale : doutes sur une fraude isolée" puis d’un "Qui est Jérôme Kerviel, le fraudeur de Société Générale ?" : découverte, puis incrédulité – et tout de suite les questions.
D’ailleurs, dès qu’un blogueur rédige plus d’un papier sur le sujet, les titres se ponctuent de points d’interrogation : "Société Générale : et si ce n'était pas une fraude ?" … jusqu’à se faire pressants : "La Société Générale en faillite ?"
Stupeur, incompréhension, questions, soupçons, accusations … mais jamais de réponses : alors ces blogueurs convoquent les techniciens à la rescousse … c’est-à-dire les économistes les réputés, comme Elie Cohen, cité selon les papiers comme "directeur de recherche au CNRS", ou "professeur d'économie à Sciences Po", ou encore "membre du Conseil d'analyse économique" : Excusez du peu !
Un Elie Cohen qui constate que : « les procédures de contrôle interne qui normalement constituent le coeur de métier des banques se sont révélées dramatiquement insuffisantes » et précise que : « le sentiment des salles de marché, c'est qu'il n'est pas possible qu'un individu seul ait pu faire cela ».
Et bref, toutes ces personnes autorisées n’apportent au dossier aucun élément de plus que les médias … qui les ont tous déjà interviewés … et dont les blogueurs se contentent de citer les articles ; et la question se pose : pourquoi tant d’encre – même électronique – pour ne rien ajouter ?
Parce que personne ne comprend : généralement, les blogs d’information – entendez par là, les blogs qui commentent l’actualité – fondent leur légitimité à analyser différemment ce que les médias classiques ont déjà évoqué ; mais ici, aucun éclairage nouveau susceptible d’avancer : et le système boucle sans fin …
… avec tout au plus çà et là quelques enrichissements, comme Cpolitic qui rappelle judicieusement : « Le président-directeur général, Daniel Bouton, connaît fort bien le dossier des "contrôles" financiers puisque il a rédigé en 2002 un rapport complet commandé par le MEDEF dont le titre est intitulé: " Pour un meilleur gouvernement des entreprises cotées" ».
Les commentaires, souvent dubitatifs, apparaîtront en regard plus instructifs : « Personne n'est dupe parmi les pros de la finance » … et visiblement un scandale peut en cacher un autre : reste à découvrir lequel !
Le doute – omniprésent – constituera certainement le principal enseignement de cette première lecture ; la remise en cause du système financier et bancaire – voire du "système" en général – sera le second : car si les habits de bouc émissaire conviennent parfaitement à un Jérôme Kerviel, les coupables restent à appréhender …
… et les politiques se voient convoqués : « Preuve encore une fois, que le système capitaliste, dont le petit Nicolas est le digne représentant et bénéficiaire, a pris un coup sérieux sur le plan de sa crédibilité », conclura encore Cpolitic !
L’incompréhension pourra conduire les blogueurs à l’ironie et au cynisme – second registre d’expression rencontré au sein de la blogosphère.
Ici, pas de sagas : plutôt des citoyens interloqués qui réagissent à chaud. Le discours se concentre ici nettement autour de deux thèmes centraux : celui du bouc émissaire – encore – et du "faire croire" ; et celui d’un système français bien malade.
« A qui veulent-ils faire croire qu'un seul mec, un jeunot en plus, a pu détourner près de cinq milliards d'euros. Et sans s'enrichir personnellement d'une thune en plus ! »
« Et on veut nous faire croire que c'est ce type là qui aurait été capable de détourner à lui seul 5 milliards d'euros ? Moi, je n'y comprends pas une seconde ! Je me demande qui a fraudé dans cette histoire ? »
Bouc émissaire ; "faire croire" : on pénètre dans le champ de la manipulation … et donc s’ouvre la porte de la rumeur ! Il est clair que les bruits les plus fous vont courir dans les jours et les semaines à venir … et que la toile va jouer à plein son rôle ce catalyseur.
Le discours glisse parfois assez rapidement de la simple moquerie à un ton plus virulent, comme ce titre : "Société Générale: il n’y aura jamais assez de platanes pour pendre tous les banquiers véreux".
Et là encore, politiques et financiers partagent les coups :
« Et on nous expliquera ensuite que le principal problème en France n'est pas la redistribution ».
« En clair, pour ceux qui ne comprennent pas ce jargon un brin abscons, l'affaire de la Société Générale est une "affaire sérieuse" (dixit Fillon) mais "il n'y a pas d'inquiétude à avoir" (selon la Banque de France) car cela n'affecte pas "la solidité et la fiabilité du système français" (d'après Nicolas Sarkozy) ».
Bref, c’est l’électrochoc : les blogueurs – comme tous les Français – digèrent une information qui les dépassent … même si déjà la révolte pointe à l’horizon.
Une révolte sur laquelle politiques et financiers manqueront désespérément de prise parce constamment alimentée la rumeur … toutes les rumeurs ! Bref un superbe cas d’école, une superbe saga à rebondissements qu’une écoute attentive de la toile devrait nous permettre de mieux cerner au jour le jour.
Ce n’est qu’un début … le combat continue … tout seul : c’est la magie du 2.0 !
21:40 Ecrit par François Laurent dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note














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